UN BLOG SUR LE GLOBE ------------------------------------------- Voyages sur Gaïa

Description

Un journal de bord et une quête humaine et musicale...


Liens

» Accueil
» Qui suis-je ?
» Album photos
» Archives
» Amis


Rubriques

Périple en Inde
Un mois au Myanmar


L'Inde Unique et Multiple

Carnets de Voyages de Philippe Martin - Philmar

Voici un article écrit pour le spécial Inde de la newsletter du Club TELI de décembre 2007 ( http://www.teli.asso.fr )

 

 

L'INDE UNIQUE ET MULTIPLE


Je suis allé au Myanmar en 2006, et l'hiver dernier c'était mon 2e voyage, cette fois-ci en Inde. J'ai passé 2 mois dans les états du West Bengal et de l'Orissa. Ma vision de l'Inde et des Indiens est donc assez partielle, mais je crois qu'il y a vraiment, quelle que soit la région, un esprit indien, une ambiance indienne...

Mais tout d'abord, j'ai choisi cette destination parce que je me rappelais une expo photos, avec commentaires et musiques, sur les Bauls (prononcer baoul), vue il y a quelques années. J'ai eu envie de rencontrer ces nomades mystiques, vivant leur spiritualité par la musique. Etant moi-même musicien, professionnellement et dans l'âme, j'étais attiré par ces chanteurs qui se comparaient aux abeilles butineuses. En effet, en allant de village en village donner leurs chansons en échange de riz, ils récoltaient leur " pollen " tout en transmettant les " semences de vie " d'un lieu à un autre...

Bien sûr le modernisme les a rattrapé, mais cette communauté hors-caste et ouverte à toute religion, a su garder l'essentiel de ce qui me semble l'esprit baul, qui est cette ferveur de vivre, faite de folle sagesse, de liberté, en clamant haut et fort leurs doutes et leurs louanges, leurs joies et leurs souffrances. Et il m'est apparu que c'est plus dans leur musique passionnée que réellement dans leur vie que cet esprit baul est encore vivant. Ils sont maintenant sédentaires, mariés avec des enfants, et mendient de l'argent en échange de leurs chants. Mais ces derniers sont vraiment toujours aussi vibrants, que ce soit dans la rue, un train, chez un riche indien ou sur une grande scène. Vus par les Indiens comme des clochards, des artistes ou des maîtres spirituels, ils sont en fait très fiers, et en même temps très simples. Ils ont encore de cet esprit de Liberté, un peu moins sauvage, dans leur errance de Ménestrels (qu'on a comparé aux " Fous de Dieu " de notre moyen-âge), dans leur musique passionnée, au groove puissant et envoutant, aux mélodies accrocheuses, dans leurs paroles à la fois mystiques et existentielles, simples et poétiques... J'ai eu le plaisir et l'honneur de jouer avec eux, de participer à des concerts, et ce sont bien évidemment des moments inoubliables pour moi.


Je suis allé ensuite au sud du Bengale dans l'état d'Orissa pour essayer de rencontrer les Adivasis, les "Peuples Premiers de l'Inde", ceux qui étaient là avant les Dravidiens et les Aryens (respectivement sud et nord de l'Inde). Ce sont des communautés tribales, la plupart vivant en majorité de l'agriculture, mais dont certaines ont encore une économie de type chasse-cueillette. Mes questionnements sociologiques et philosophiques sur l'évolution de l'Humanité me poussaient à rencontrer ces types de culture, à la limite de la sédentarisation, et antérieures à l'écriture.

Ca n'a pas été simple pour avoir des informations sur eux, où et comment les trouver, et j'ai été finalement assez déçu. Outre les musées j'ai bien sûr assisté pendant une semaine au festival adivasi à Bhubaneswar. C'était intéressant mais je cherchais plus que de l'exotisme, du folklore et du commerce. De nombreux stands d'associations et d'organisations gouvernementales étalaient fièrement tout ce qu'ils faisaient pour aider les Adivasis dans la misère. Or c'est ce même gouvernement qui depuis une cinquantaine d'années leur a réduit, volé leur territoire, détruit leurs forêts, qui étaient leur moyen de subsistance... Je suis allé ensuite dans les Ghats (petites montagnes) pour les voir vivre chez eux, et j'ai effectivement découvert la pauvreté et l'alcool, et de la violence plus ou moins contenue. C'était choquant d'une manière différente que les rues de Calcutta, et je pense que c'était comparable à la situation de la plupart des indigènes dans le monde entier... J'ai malgré tout fait des rencontres très sympathiques, et apprécié notamment la simplicité, la générosité, la pureté même qui m'ont vraiment touché quand je suis allé dans un village au milieu d'une vallée perdue (relativement à l'Inde, car il y a toujours du monde quelque part!)...


J'ai lu une fois que si on n'aime pas les gens, si on n'aime pas les rencontres, il ne faut pas aller en Inde.

D'une part on sait que la densité de population est importante, et j'ai été surpris qu'il n'y avait jamais un endroit totalement désolé. Même dans des montagnes reculées, je pouvais voir au loin d'un côté ou de l'autre, des gens qui travaillaient, une fumée, des habitations,... Alors dans les villes, et notamment pendant les fêtes, c'est la foule! L'intensité du bruit, des odeurs, des couleurs, du mouvement est contamment présente.

D'autre part, les Indiens on vraiment un contact facile, ce que j'ai apprécié. Ils viennent à l'étranger naturellement, avec curiosité; ils posent des questions de toutes sortes ("Combien a coûté cet appareil photo? Comment se passent les mariages chez vous? Que pensez-vous de l'Inde? Quelle différence y a t-il entre les Indiens et les Français? Combien de temps dure le trajet entre les 2 pays?"); ils sont serviables, et commerçants aussi... Ils veulent tous être amis, certains sincèrement, d'autres pour pouvoir vendre quelque chose. Les Indiens entre eux (dans le même sexe) se touchent facilement (bras autour du dos ou main dans la main), il n' y a pas du tout les connotations homosexuelles comme chez nous, ce sont juste des marques affectives d'amitié. Ca remet en question nos manières occidentales d'être en relation, plus mentales, plus distantes (frustrées), et le fait qu'on associe automatiquement sensualité à sexualité. Ils expriment donc spontanément leur amitié sincère aux étrangers avec qui ils s'entendent bien. Mais parfois certains peuvent être un peu trop collants : par exemple un guide qui attend qu'on l'engage parce qu'on est "amis", ou bien le besoin d'être vu par les autres avec un occidental, ce qui leur apparaît souvent comme un prestige. Ils projettent sur nous un idéal d'avenir, mélangé à un reste de colonialisme, ce qui nous donne parfois malgré nous une aura de supériorité. Notre Occident brillant de technologie attise les envies, et les Indiens ne sont pas en reste sur le mirage du Progrès. Mais malgré tout, par rapport à d'autres pays du tiers-monde, il me semble qu'ils ont en même temps une véritable fierté de leur culture, et c'est probablement ce qui fait la force de leur tradition qui reste naturellement vivante, alors qu'ils s'ouvrent en même temps au modernisme avec enthousiasme.


J'ai évidemment plus côtoyé les sphères amicales que familiales, car autant ils sont exubérants dans le cadre des amis, autant ils ont beaucoup de pudeur vis à vis de leur famille, leur pôle d'intimité. Les Indiens aiment se retrouver entre eux, pour discuter, boire un tchai, faire de la musique, ou pour faire la fête. J'avais une image de l'Inde assez tranquille, et j'ai été surpris par leur tempérament turbulent et même surexcité. Dans les mariages, ils dansent, crient, chantent, rient aux rythmes effrénés des percussions. Ils m'ont souvent demandé de danser, ce que j'ai fait avec plaisir! Très respectueux des rituels, Ils sont discrets dans les prières, mais ils s'éclatent à fond dans les fêtes qui sont toujours religieuses! Certains sont en transe sur une musique énergique, juste à côté d'une famille qui dort dans la rue.


Un mot qui m'est venu pour définir l'Inde, c'est "contraste". L'Inde est riche d'impressions, de sensations très diverses, de gens, de comportements très différents. La douceur et la violence, la générosité et le mercantilisme, la curiosité et l'indifférence,... se côtoient souvent. Mais derrière cette multiplicité qui saute aux yeux, on sent une unité sous-jacente, à l'image de leur religion qui a autant de dieux que de villages, mais dont la notion d'une seule Réalité ultime divine est fondamentale dans leur philosophie. Que cette richesse foisonnante soit "saoûlante" ou "ennivrante", choquante ou fascinante, le fait est que l'Inde laisse rarement indifférent.


Philippe Martin


Email : philmarzic@gmail.com

Site musical : http://philmarzic.free.fr


Publié le 01:59, 28/11/2007 in Périple en Inde
Ajouter un commentaire

Commentaire sans titre

Excellente description !

Publié par vaasto à 13:02, 5/12/2007

Liens

<- Page précédente | Page suivante ->